jeudi 18 juin 2009

2009-2020 ... petite histoire d'Aurélie et ses 5 monnaies




En 2009 et 2010:
usdollar07.jpgLa crise n’est pas encore appelée « La Grande Crise ». Aurélie, 49 ans, vit à Saint-Etienne elle vient d’être mise à la porte de l’entreprise dans laquelle elle était en charge du service import/export. L’entreprise industrielle fera faillite en 2010.
Reclassement, chômage, aides diverses… rien n’y fait Aurélie ne retrouve pas d’emploi salarié. Difficile de vivre et même survivre dans un monde ou l’Euro est de plus en plus rare et difficile à gagner et ou tout est conçu pour consommer et dépenser facilement… Pourtant Aurélie est riche de son temps, de son énergie, des compétences accumulées, de son réseau relationnel, de sa culture…

Pour pallier à l’effondrement du système bancaire mondial et à la faillite de nombreux états (Islande, UK, USA, Espagne…) des monnaies jusqu’alors embryonnaires ont commencé à proliférer de part le monde. Le monopole de la création monétaire, qui relevait du système bancaire jusqu’en 2010, est tombé.

De 2011 à 2019:
Les nouvelles monnaies, des millions, portées par des régions, des entreprises, des villages ou des communautés permettent à des richesses de continuer à s’échanger. Les transactions monétaires se font pour la plupart par le biais du téléphone et d’internet. Les systèmes bancaire, monétaire et capitaliste mutent et sont transformés en une multitude de systèmes complexes et instables. A partir de 2015/2016 des modèles d'organisation et de vie plus stables, des valeurs nouvelles émmergent dans différentes régions et au sein de quelques communautés. La pauvreté commence à reculer sensiblement dès 2019.

Aujourd’hui, en 2020:

Aurélie a 60 ans, elle vit près de Lille et a plusieurs activités dont elle tire beaucoup de bonheur et de joies. Celles-ci lui permettent de bien vivre et aussi de contribuer au développement de ses proches, voisins et amis.
Pendant « La Grande Crise » (2008-2018) elle a appris à utiliser, à jongler même, avec 5 monnaies différentes :

==>    La plus ancienne de ces monnaies, l’Euro, elle ne l’utilise que lorsqu’elle voyage. Hormis la très maigre retraite en euros qu’elle perçoit de l’Europe, pour Aurélie l’euro est une monnaie de dépense uniquement. Elle doit souvent convertir des « Chtis » (la monnaie de la région Nord) lorsqu’elle voyage en dehors de la région, en train la plupart du temps.

==>    Les Chtis, c’est sa monnaie régionale, elle en gagne en prenant soin de plusieurs personnes très âgées 4 demi-journées par semaine soit à leur domicile soit dans une maison de vie ouverte sur la ville. (voir aussi ici, là et encore là )

==>    Le compagnon d’Aurélie, Alex, possède un petit jardin de Noé dont la production dépasse largement leurs besoins. C’est Aurélie qui se charge de la vente des légumes. La monnaie utilisée c’est l’AMAP qui au départ n’était qu’une monnaie transrégionale d’achat et vente de fruits et légumes et qui désormais est très souvent utilisé dans tout le secteur alimentaire. Les boulangers, la plupart des commerçants et certains artisans l’acceptent et ce dans toutes les régions francophones et même dans quelques régions voisines (Grand Londres, pays frontaliers.)

==>    Dans son petit village près de Lille, le conseil municipal a décidé il y a très peu de temps de lancer sa propre monnaie locale, le SOL comme dans beaucoup d’autres villages. Aurélie l’a utilisé au début pour voir. Elle en a gagné en rendant quelques services (garde d’enfants et cours d’anglais), mais le problème c’est qu’elle ne peut les dépenser que dans son village. Elle a plutôt tendance à privilégier les autres monnaies qui sont plus courantes et acceptées.
Pour les monnaies il y a une sorte de concurrence et il y a une prime aux plus anciennes qui ont émergées entre 2010 et 2015 et qui se sont largement répandues tant les besoins en matière d’échange de richesses étaient importants et non satisfaits.

Pour tous ces échanges monétaires Aurélie utilise à 90% son « connecteur » une sorte de téléphone/ordinateur de poche qui sert à la fois à payer et à percevoir. C’est très simple, tout fonctionne par reconnaissance vocale mais certaines personnes (surtout des jeunes) commencent à se faire implanter ce petit appareil qui, entre autre chose, alerte directement le cerveau lorsque certaines limites de crédit ou seuils sont proches d’être atteints ou atteints. Pour Aurélie il n’est pas question de se le faire implanter même si cela pourrait être pratique pour ce qui concerne la vérification de son ton taux de cholestérol. Aurélie ne va jamais à la banque, d’ailleurs celles-ci depuis la Grande Crise sont en voie de disparition…

Enfin il y a l’UNIV et l’AURA qui sont beaucoup plus qu’une monnaie. Au départ il existait une multitude de monnaies dites de réputation ou recommandation, de remerciement ou de bonus qui circulaient sur internet et aussi via le téléphone portable auprès de différents sites et services (Facebook, eBay, Amazon, Air Europe, …) ou à l’initiative de chacun.
Depuis 6 mois des standards « d’interopérabilité » font que tout est converti automatiquement en « UNIV ». Pour augmenter son compte en UNIV c’est simple il suffit de commenter, donner un avis aussi bien sur des produits ou des services (publics ou non) que sur des personnes, des lieux, des idées. Tout est calculé et convertit automatiquement via internet à partir du langage naturel, des écrits (commentaires, votes…) ou des achats que l’on effectue. Les comptes « UNIV » de tout le monde sont visibles par tous. On peut aussi donner des UNIV a qui l’on veut. A partir de ses gains et de ses dons en UNIV est calculé selon un algorithme universel l’AURA de chacun. L’AURA est composée d’une couleur, d’une tendance et d’un historique qui indiquent le niveau de confiance que l’on peut avoir en quelqu’un.

vendredi 20 février 2009

Le "Twollar" vous connaissez ?

20.02.2009

Le "Twollar" vous connaissez ?

C'est ludique, c'est une monnaie de remerciement, cela fonctionne avec "Twitter", c'est "geek", web 2.0 ... mais c'est surtout et avant tout le symbole et précurseur de 4 tendances de fond extrêmement importantes et liées entre elles. Elles permettent de comprendre le monde nouveau en gestation qui naîtra de la crise systémique.
Même si vous n'êtes pas du tout adepte de twitter et du web ces quatre tendances vous concerneront très vite, plus vite que vous ne pouvez l'imaginer d'une façon ou d'une autre !
Voici l'un de ses fondateurs un anglais de 18 ans: Eiso Kant  (video pas exceptionnelle mais bon)

Allez sur le site pour découvrir . Le mieux c'est d'avoir un compte twitter pour expérimenter, mais à défaut vous pourrez au moins lire.
1) La vitesse de propagation, l'accélération
A ce jour il n'y a que 180 utilisateurs de twollar dans le monde. Si l'outil est amélioré, si les utilisateurs en comprennent encore plus rapidement l'intérêt il est très possible d'avoir un million d'utlisateurs voire plus avant la fin de l'année. A suivre de près dans les semaines qui viennent ...
Que ce soit pour la crise, les phénomènes d'adoption massive "à la facebook" ou le rythme des innovations technologiques nous sommes désormais en plein dans un modèle "exponentiel historique" qui remplace le "linéaire intuitif"
2) les monnaies complémentaires
Le twollar est un moyen de valoriser les échanges qui se font sur twitter. Chaque personne a la possibilité de donner et de recevoir à partir d'un crédit de 50 "twollars", plus il y a de monde sur twitter plus il y aura de twollars en circulation.
Là ou cette tendance est fondamentale c'est qu'elle permet de refondre les rapports humains ... il faut expérimenter pour comprendre ! (sinon allez à minima lire mes posts précédents sur les monnaies complémentaires)
3) La confiance retrouvée ou réinventée
Alors que la confiance dans nos systèmes politiques, économiques, d'entreprises, d'éducation... s'effrite ou s'effondre selon les cas il est important de retrouver ou réinventer des systèmes de confiance basés sur la durabilité, la simplicité, l'humilité, l'éthique et des valeurs humanistes partagées. Eiso Kant qui a rencontré "physiquement" son cofondateur pas plus tard qu'hier et le projet twollars qui réintroduit de la confiance et de l'éthique "vraie" en sont l'exemple même.
4) Le pouvoir de faire, de créer, et d'influer le monde
Ce qui était encore il n'y a que quelques années réservé à quelques élites ou à des corps de métier (professeurs/experts/artistes reconnus/journalistes/politiques...)  commence à se démocratiser très rapidement...si rapidement (cf point 1) que cela impose de recréer de la confiance (point 3) à une échelle plus locale ... notamment grâce aux monnaies complémentaires (cf point 2)

dimanche 8 février 2009

Vers des solutions non-conventionnelles ...

Cette semaine se tenait au Sénat la deuxième édition du forum "NetExplorateur".
Comme l'année dernière les organisateurs ont eu la bonne idée d'inviter leur "cousins", les Explorateurs du Web, et comme l'année dernière ce forum s'est révélé très, très intéressant. Quelques très bonnes photos ici.
Beaucoup de "pépites" venant du monde entier ont été présentées auprès d'un public composé en grande partie de cadres et managers d'entreprises. Les 100 pojets/solutions sélectionnés sont sur le site.
Trois points importants à retenir:
western_011.gif1) La pépite des pépites était à mon avis et sans conteste les clés de compréhension, tendances, que le sociologue Bernard Cathelat nous a brillament présentées. Malheureusement les slides ne sont pas disponibles, l'audio (la vidéo ?) devrait l'être sur le site sous peu.
En quelques mots:
  • Il y a d'un coté le monde "réel" ou les valeurs: argent, pragmatisme, rationalisation, compétition, conformisme, méthode, ego, calcul  l'emportent et de l'autre le monde du Web où les valeurs d'altruisme, d'imagination, de plaisir, d'improvisation, de liberté, gratuité, communautés, d'intuition sont reines. D'un coté, c'est mon interprétation, une domination du "masculin", du cerveau gauche, de l'autre du "féminin", du cerveau droit.
  • Il y a le monde des élites (prêtres, savants, professeurs, intellectuels, journalistes, experts,politiques...) dont le monopole est en danger et le monde des citoyens dont les droits passent du droit "d'écouter les professeurs ou les journalistes", "droit de s'informer", "droit de libre pensée" (qui dépend du fameux temps de cerveau disponible une fois la télé éteinte !) au droit universel à la parole symbolisé par les BLOGS.
  • Il y a de plus en plus un divorce entre ces 2 mondes qui conduit à un style de vie schyzophrène avec des risques (stress numérique, échappatoire dans les mondes virtuels) ... et des opportunités.
  • Les enjeux :
    - Rapatrier les énergies psychiques exilées sur le web , ré-enrichir le réel à partir du virtuel, réinjecter du coopératif , de l'utopie dans le réel, bref "interfacer le réel et le virtuel"
    - La COMPLEMENTARITE de ces pôles plutôt que l'OPPOSITION
2) Parmi les lauréats 2 projets ont retenu mon attention:carrot-mob.jpg
a) CARROTMOB
Le projet prometteur qui montre qu'en s'organisant "par le bas", de simples citoyens peuvent aujourd'hui faire changer les choses pour peu qu'une propagation organique ait lieu. Je vous conseille la petite animation sur le site de CarrotMob.

b) Le gagnant : WIZZIT
Une solution de prêt en "peer to peer" via téléphone portable en Afrique du Sud. Ce projet est pertinent mais surtout annonciateur de solutions qui seront beaucoup plus non-conventionnelles (à l'image de carrotmob) dans le domaine de la finance et des monnaies complémentaires. J'ai fait le pari à Bernard Cathelat que l'année prochaine parmi les gagnants figurerait une solution apportant de véritables pistes pour sortir de la crise sans trop de dommages...
3) C'est Jacques Attali qui concluait les 2 journées. Il a surtout parlé de "l'extrême" gravité de la crise sans vraiment apporter de solutions concrêtes. Il a néanmoins signifié que les les technologies de l'information constituait l'une des voies pour en sortir tout en posant la question fondamentale: Comment éviter la période 1930/1945 et la montée des extrémismes ?A ce sujet, je vous renvoie vers mon précédent post sur les monnaies complémentaires et la présentation par Bernard Lietaer faite à Evry jeudi soir dans le cadre d'un projet SOL que celui-ci m'a envoyé et que je partage ici:

A noter que Bernard Lietaer vient d'hériter d'un important projet de monnaie complémentaire en Belgique (Walonie) et ne sera plus disponible pour des conférences avant plusieurs mois...

samedi 31 janvier 2009

L'un des sujets qui va exploser avec la crise

Alors que les entreprises et les politiques commencent à peine à se pencher sérieusement sur le phénomène des sites sociaux et du "Web 2.0" et à en considérer et mesurer ses implications pour eux mêmes et leurs institutions il est un autre enjeu d'intérêt à la fois mondial et local qui reste encore très largement méconnu des décideurs et du grand public et qui pourtant devrait faire l'objet de toutes les attentions surtout en cette période de crise systémique naissante.
Cet enjeu est celui de la monnaie ... plus exactement de la transition d'un système économique à monnaie unique et rare vers un système économique et social à monnaies multiples et complémentaires. Et oui ! difficile à avaler en Europe pour des décideurs qui ont tant oeuvré pour la mise en place d'une monnaie unique...
Pourtant il suffit de lire l'indispensable et brillant livre de Bernard LIETAER et Margit KENNEDY "MONNAIES REGIONALES" (paru sautomne 2008) pour se rendre compte que cela est indispensable non seulement pour sortir plus vite de la crise de notre système mais aussi pour transcender ce système et transformer les rapports humains.
Le livre est très riche mais il se lit d'une traite tant on apprend à propos des monnaies, de leur histoire et des expérimentations en cours dans de nombreux pays (en particulier le Japon). Les auteurs abordent aussi bien le pourquoi il faut des monnaies complémentaires que le comment les mettre en oeuvre tout en ayant l'humilité de dire que beaucoup reste à inventer et que les cartes sont dans les mains de "ceux qui expérimentent avec de nouvelles idées, qui bousculent l'indifférence, les préjugés, les habitudes et les clichés, qui provoquent les changements nécessaires dans notre monde pour éliminer la misère et la détresse qui nous entourent".
Voici quelques passages que j'ai particulièrement retenu (il y en aurait beaucoup d'autres et le mieux est de vous procurer l'ouvrage !) :

- Sur la globalisation vue par Georges Soros :
" Le commerce international et les marchés financiers globaux ont fait la preuve de leur capacité à créer de la richesse, mais ils ne sont pas en mesure de satisfaire un certain nombre de besoins sociaux. Parmi ceux-ci, on trouve le maintien de la paix, la réduction de la pauvreté, la protection de l'environnement, l'amélioration des conditions de travail,ou le respect des droits de l'homme: ce que l'on appelle, en somme, le bien commun."

- Sur les besoins d'une gouvernance nouvelle pour le 21ème siècle d'après Pierre Calame :
"Les systèmes actuels ont tendance à extraire beaucoup d'information d'une communauté, mais il est rare que ces informations lui soient rendues. Il sera donc nécessaire d'encourager la collecte et la diffusion de l'information appropriée à chaque échelle de gouvernance, y compris le local et le régional. De même, les autorités publiques doivent accepter et encourager la production autonome d'information aux différents niveaux parce que cela deviendra de plus en plus essentiel pour une démocratie fonctionnelle."

Tous les pays en voie de développement:
- "Nous n'assistons pas seulement à l'avènement, si souvent annoncé, de l'ère de l'information et de l'économie du savoir, nous commençons aussi à ressentir les effets de la fin de l'ère industrielle. C'est ainsi un problème de perspective qui se pose à nous tous, les pays dits "developpés" autant qu'à ceux en voie de développement. En bref, nous devons considérer tous les pays comme "en voie de développement" dans une ère postindustrielle."

Une globalisation qui détruit la diversité: (Jonathan Sacks)
- "Le monde n'est pas une machine. Il s'agit d'un écosystème complexe dont la diversité biologique, personnelle, culturelle et religieuse est indispensable à la vie. Toute atteinte portée à cette diversité, comme celles aujourd'hui préconisées par les fondamentalistes de marché, des scientistes ou des fondamentalistes religieux, constituerait un préjudice irréparable pour la richesse de notre vie collective et réduirait à ce point le champ de nos possibilités que le monde courrait à la catastrophe. A l'instar de la nature, les systèmes économiques, politiques et sociaux crées par les hommes, sont d'une grande complexité. Ils ont tendance à s'autogénérer et restent imprévisibles. Toute volonté de les contraindre à une uniformité artificielle, au nom d'exigences religieuses ou économiques, traduit une méconnaissance tragique de ce qui fonde la richesse de ces systèmes. Parce que nous sommes tous différents, chacun d'entre nous a sa contribution à apporter et chacune de ces contributions compte dans nos systèmes économiques, politiques et sociaux. Seuls nos instincts primaires nous amènent à voir dans la diversité une menace. A une époque telle que la nôtre, où les destins des hommes n'ont jamais été aussi liés, ces instincts sont inutiles. Si de telles différences devaient amener à la guerre, ce serait la défaite de tous les belligérants. Si, au contraire, elles contribuaient à l'enrichissement mutuel, tous y gagneraient."

Les tentatives de centralisation monétaire
franc.jpg- Tous les rois de France ont tenté de limiter le pouvoir monétaire des féodaux, soit par le rachat de ce droit, soit par l'usage de la force. Dans les dernières années du XIII ème siècle, le processus de centralisation monétaire était si bien avancé que le nombre de monnaies en circulation dans le royaume était déjà considérablement réduit: il en a résulté une récession économique massive qui dura près d'un siècle et demi et qui s'est accompagnée, au début du XIV ème siècle, des premières grandes famines. La population en a été à ce point affaiblie qu'elle n'a pas pu résister à la vague de peste noire.

Importance de la vitesse de circulation de la monnaie: (équation de Fisher)
E=QV
où E est l'activité économique, Q la quantité de monnaie en circulation et V sa vitesse de circulation. En ce moment si je comprends bien V diminue et les états jouent sur le "Q" en créant de la monnaie ... et de la dette pour essayer de rétablir E.

A propos de la crise :
...une des conséquences immédiates sera que la disponibilité des finances provenant du système bancaire va se rétrécir pendant une période plus longue que quiconque le désire, ce qui posera des problèmes de croissance - et même de survie - dans la plupart des secteurs productifs. Comme ce sont là des messages que ni les banquiers, ni les hommes politiques, n'ont évidemment, intérêt à annoncer, il vaut mieux rester un peu sceptique quand chaque amélioration temporaire est annoncée comme la "fin de la crise"... En effet, les gouvernements adorent la croissance parce qu'elle les dispense de devoir s'attaquer au problème épineux de l'inégalité des revenus. Comme l'expliquait Henry Wallich, gouverneur du Federal Reserve des Etats-Unis de 1974 à 1986: "la croissance est un substitut à l'égalité des revenus. Tant qu'il y a de la croissance, il y a de l'espoir, et cela rend tolérables les grands écarts de revenus." Tout cela rend plus urgente encore l'introduction de solutions nouvelles comme celle des monnaies régionales, qui permettent de s'attaquer à ces problèmes de façon plus ciblée que les méthodes traditionnelles.

Le principe de complémentarité :
il est relativement nouveau en économie, contrairement à ce qui est le cas en dans d'autres disciplines comme la physique, la biologie, la psychologie ou la philosophie, où sa conceptualisation est plus ancienne et son usage plus répandu. ... Les monnaies complémentaires remplissent des fonctions que les monnaies officielles ne sont pas en mesure de remplir ou qu'elles ne remplissent que partiellement.

Connecter des besoins insatisfaits avec des ressources sous-utilisées: (cela me fait penser aux restos du coeur)
Toute personne sans activité souhaitant proposer son savoir-faire est une ressource. (idem pour les places vides d'une salle de cinéma)
"Comme le pense l'auteur américain JP Barlow, qui se bat pour l'extension des droits civiques sur le cyberespace et s'est beaucoup intéressé aux modèles du futur, les relations seront beaucoup plus importantes dans l'économie du futur que la possession des biens eux-mêmes."

Georg Simmel (philosophe allemand):
"Les questions monétaires sont importantes non seulement pour des questions d'inflation ou de déflation, de taux de change fixes ou flottants, d'étalon-or ou de papier monnaie, mais elles déterminent aussi le type de société dans laquelle cet argent va opérer.

L'ère post-industrielle:
Elle va changer beaucoup de règles du jeu économique mondial. Ce n'est pas parce qu'un pays était parmi les plus "développés" au XXè siècle qu'il le sera également au XXIè siècle. Ainsi, quand la Chine refusa au XIXè siècle l'introduction des chemins de fer et les autres attribus "barbares" de l'industrialisation, elle se condamna de manière involontaire à devenir le plus grand pays sous développé du XXè siècle, erreur qu'elle est en train de rattraper seulement maintenant... La manière dont une société permettra ou non aux innovations de l'ère de l'information de pénétrer les divers strates de la société, de façon à la réformer, promet de jouer exactement le même rôle que les chemins de fer ou les aciériesdu XIXè siècle.

Le système WAT:(Japon)
Il n'est pas géré par un serveur: il n'y a pas, dans le système WAT, d'ordinateur central qui enregistre l'ensemble des transactions. Le modèle WAT est plutôt géré suivant le modèle peer to peer, dans lequel plusieurs ordinateurs administre le système au même niveau... il n'y a pas de bureau central, pas de coordination, donc pas de contrôle centralisé du système...même les particuliers ont le droit d'émettre leurs propres WAT, ce qui prouve l'extrême décentralisation du système ... Ce système est intéressant car il crée un réseau de confiance entre les membres... compte tenu de sa nature très décentralisée, le système s'étend rapidement dans tout le pays: on ne sait pas précisément combien de personnes sont effectivement membres. La création des tickets WAT figure parmi les méthodes de création monétaire les moins onéreuses.

220px-Joseph_Stiglitz.jpgJoseph Stiglitz:
"Lors des récessions précédentes, le débat typique entre experts était de décider s'il s'agissait d'une récession en forme de V (c'est à dire dure mais courte) ou en U (c'est à dire moins grave mais longue). Aujourd'hui, l'économie est entrée dans une récession qui se décrirait plutôt en forme de L. Elle est tombée bien bas, et va probablement rester à cette place encore longtemps ..."

Efficacité et résilience d'un écosystème:
On a prouvé rigoureusement que la nature n'optimise pas l'efficacité dans un écosystème naturel, mais assure une balance optimale entre deux pôles: l'efficacité d'une part, et la résilience de l'autre. Ces phénomènes sont à leur tour fonction de deux variables structurelles: la diversité et le nombre d'interconnections. Mais ces deux pôles sont antagonistes. La résilence augmente avec la diversité et le nombre d'interconnections. En revanche, l'efficacité est améliorée quand on réduit la diversité et qu'on élimine les connections moins importantes. Toutes ces variables ont pu être quantifiées dans les écosystèmes naturels. De plus, on a pu constater que, dans tout écosystème durable, la résilience est presque deux fois plus importante que l'efficacité... Les recherches sur les réseaux d'écosystèmes expliquent parfaitement pourquoi un système où l'efficacité a été poussée sans tenir compte de la résilience, est comdamné à s'écrouler.

William S Desmonde (anthropologue):
"La monnaie symbolisait la réciprocité entre les gens, ce qui les connectait émotionnellement avec leur communauté. La monnaie était à l'origine un symbole de leur âme."

mercredi 31 décembre 2008

Educa On-line 2008: point de bascule pas atteint !

educa logo.gifEn début de mois se tenait à Berlin la 14ème conférence Internationale "Online Educa Berlin". J'y intervenais en 20 minutes pour présenter et représenter les Explorateurs du Web, quelques-uns de nos projets en cours lors d'une conférence pleinière avec 2 autres intervenants et un animateur de session.
Un peu déçu par :

  • la salle, immense et traditionnelle, elle conditionne l'attitude du public vers la passivité et ce d'autant plus que nous étions sur une estrade à 5 bons mètres du premier rang ...   par ailleurs, il y avait à peu près 70/80 personnes dans une salle qui peut en contenir 1000 : terrible impression de vide accentuée par le manque de questions des présents !! Bref je me suis sentit moins "connecté" aux autres dans cette grande salle amorphe que seul chez moi sur twitter et skype!!
  • le manque de cohérence dans les 3 sujets abordés malgré le thème supposé nous rassembler : "Web 2.0 in the workplace learning"
A part cela comme pour l'édition 2007 , beaucoup de participants (2100) venant de 91 pays et de très nombreux conférences, workshops, ateliers et stands.
426 orateurs de 44 pays, 116 stands de 25 pays montrant les derniers produits et services en matière de e-learning.
Parmi les sujets abordés:
* How universities, schools and training departments are teaching Generation Y
* The power of storytelling and other narrative approaches in the design of online learning
* Sustainability of Open Education Resources
* Communities and their impact on learning facilitated by Web 2.0 applications
* Developments in game-based approaches and mobile technologies
* Identity Management and issues related to self-branding
* Cultural Diversity and the creation of communities of choice

Quelques notes prises et échanges au fil des 2 journées:

Jay Cross (inventeur du mot "e-learning" et auteur de l'ouvrage "Informal Learning"):
"I can foresee training departements beeing eliminated almost entirely"
Nous avons pas mal échangé avec Jay ce qui m'a permit de l'intitier à TokBox, outil  (live video calling) qui répondait pil poil à ses besoins.
Notre constat commun:  La grande majorité (90%-95% ?) des personnes présentes (intervenants, organisateurs, participants, exposants) sont encore impreignés dans leurs contextes et comportements par " l'ancienne culture " du 20ème siècle...
Michaël Wesch : Professeur d'anthropologie à la Kansas State University, il était l'une sinon la "star" des 2 journées. Auteur de la géniale vidéo "The Web is us", il a fasciné le public avec des anecdotes sur les tribus de Papouasie Nouvelle Guinée avec lequelles il passe 1 à 2 mois par an. Il étudie en particulier l'impact de nouveaux médias (l'écriture en l'occurence) sur l'organisation des ces tribus, les rapports entre individus, les innovations...  le parallèle avec l'introduction du Web 2.0 au sens large dans nos sociétés est rendu encore plus évident.
Je ne résiste pas au plaisir de reprendre cette exceptionelle vidéo ici. La fin de celle-ci résume on ne peut mieux ce qui est devant nous et qui reste à accomplir ...


J'ai pu lors d'une deuxième session à taille humaine discuter avec Michael. Son humilité, sa simplicité et son humour sont les premiers traits qui émanent de sa personnalité puis vient la pertinence de sa vision. Il vient dailleurs de recevoir le "US Professor of the Year" Award.
Quand je lui ai demandé ce qui avait changé dans sa façon d'enseigner sa réponse :  "I became a professional learner thanks to my students".
Pour lui on est en train d'ajouter à  l"UGC": User Generated Content, des UGF, UGO, UGD, UGC, UGR ... avec F = Filtering, O= Organization, D= Distribution, C= Commentary, R= Ratings.
133 millions de blogs, c'est tout simplement 133 millions de plus qu'en 2003 !  (5 ans seulement)
Si vous souhaitez voir d'autres vidéos de Michaël voici son site "Digital Ethnography" ... elles valent le détour !
Autres points marquants :
  • Il y a 3 principaux challenges pour ce qui relève de l'implémentation de projets innovants:
    1) Le manque de connaissances
    2) La réticence des personnes à adopter la nouveauté
    3) Le manque de compétences pour implémenter
  • Au sénégal, 40% des ressources du pays sont consacrées à la formation et l'éducation.
  • "Teaching has not changed, learning has", "Learning is sharing, learning is creating meaningful connections", "How can we create students who can create meaningful connections ?  :  the question is the solution "  (M Wesch)
  • Enfin trois citations de Marshall McLuhan : marshall mcluhan.jpg
    "We shape our tools and afterwards our tools shape us."
    "Where the whole man is involved there is no work. Work begins with the division of labor."
    "Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par l'incrédulité publique."
En conclusion une impression globale et partagée avec quelques autres que le point de bascule vers de nouvelles formes de formation/enseignement/e-learning/attitudes/projets n'est pas encore vraiment pour tout de suite .... mais cela progresse !!
J'ai notamment assisté à une conférence au sein de laquelle chaque personne connectée sur le web et présente dans la salle pouvait interagir et voir ses commentaires, questions, remarques affichés "Live" sur un grand écran. Les conférenciers et l'animateur prenant à tout moment en compte ce qui remontait de la salle...

vendredi 18 avril 2008

Le nouvel homme nouveau

J'étais hier matin dans un amphithéatre de l'Université de Nanterre. Il s'y tenait une soutenance de thèse un peu particulière... celle de Thierry Gaudin intitulée : "Innovation et prospective: la pensée anticipatrice". Pour en savoir plus sur Thierry Gaudin je vous invite à consulter sa bibliographie ici.
Sa présentation était à son image: originale, interdisciplinaire, empirique et métaphorique. Même si le jury (composé entre autres de deux sociologues, d'un psychanaliste, d'un philosophe) lui a repproché quelques raccourcis cela ne l'a pas empêché de recevoir son titre de docteur en sciences humaines et de l'information avec les honneurs.
La conclusion de sa thèse (240 pages qui probablement vont se transformer en un livre) est résumée par sa dernière phrase: Nous allons vers un changement de paradigme: "de la lutte pour la vie, traduite en compétitivité, à la reconnaissance traduite en individuation". Si vous n'arrivez pas en consultant wikipédia à vous faire une idée de ce qu'est l'individuation allez lire cette définition

Mais ce qui m'a poussé à écrire ce post c'est la réponse de Thierry Gaudin quand autour du buffet je lui ai demandé si il évoquait ou non le courant transhumaniste et la singularité dans sa thèse.
Je considère en effet que c'est une philosophie un courant essentiel dès lors que l'on traite de la
pensée anticipatrice et de prospective. Or la réponse de Thierry m'a étonné dans la mesure ou il considère que les transhumanistes sont proches de la secte...

A ce sujet il faut dans un premier temps écouter cet excellent interview
de Antoine Robitaille, l'auteur de "Le nouvel homme nouveau". Il y détaille parfaitement ce que sont le post et le transhumanisme notamment en distinguant le courant "religieux" (Raël) proche de la secte de celui scientifique porté par Ray Kurzweill ou Stephen Hawking.
Si vous êtes plus préssé alors lisez cet article.
Si vous avez plus de temps et souhaitez approfondir le sujet lisez l'ouvrage d'Antoine Robitaille, incontournable pour se faire un avis critique et commencer à se poser les bonnes questions !

dimanche 1 juillet 2007

Le colibri, le 100ème singe, les mésanges bleues et les champs morphiques: des histoires de masse critique ...

1) La fable du Colibri :
Un immense incendie ravage la jungle. Affolés, les animaux fuient en tous sens.
Seul un colibri, sans relâche, fait l'aller-retour de la rivère au brasier, une minuscule goutte d'eau dans son bec, pour l'y déposer sur le feu.
Un toucan à l'énorme bec l'interpelle:
"tu es fou, colibri, tu vois bien que cela ne sert à rien". "Oui, je sais" réponds le colibri, "mais je fais ma part"

    2) Connaissez-vous l'étude (années 50) dite "du 100ème singe" ?

En bref: Sur une île japonnaise un macaque a un beau jour transmis à ses congénères la pratique de laver sa patate dans l'eau du ruisseau... hé oui cela évite d'avoir à avaler ou à cracher la saleté des patates pas lavées !  Phénomène étrange... à partir d'un certain nombre, par exemple 99, quand la pratique s'est étendue au centième singe c'est toute la communauté qui s'est mise à laver ses patates !  plus incroyable encore: les singes des îles avoisinantes eux aussi se sont mis à laver leur patates .. alors qu'aucun singe de l'île n'a voyagé ni n'a téléphoné à ses cousins des autres îles .... 

Pour plus de détails allez vite lire ce petit article

Mais l'histoire/étude à l'origine a été déformée et est devenue en fait une sorte de fable...
L'hypothèse scientifique a été ensuite largement relativisée et aussi controversée probablement à juste titre. Voir cet article par exemple de Elaine Myers.


Pourtant, d'autres expériences et études ont plutôt tendance à confirmer la thèse initiale.

3) Les Mésanges bleues buveuses de lait
Peut-être avez vu un reportage sur les mésanges bleues buveuses de lait ?

Là aussi une mésange anglaise,  en 1921, à un jour compris qu'il y avait à "becqueter" dans ces bouteilles blanches qui le matin apparaissaient sur le palier des maisons anglaises... il suffisait de percer le couvercle ! elle en parle a sa famille... et là aussi la pratique se propage... Au point que même après l'interruption de livraison de lait pour cause de 2ème guerre mondiale, les mésanges retrouvent le truc ... y compris jusqu'en Suède et au Danemark en 1947 alors que les mésanges ne s'aventurent pas à plus de quelques kilomètres de leur lieu d'habitation...
Cf cet article pour aller plus loin.

Epilogue
Pour en revenir à notre Colibri plus haut et à la réponse du Toucan...
Si cela sert !! C'est ce qu'explique la théorie plus ou moins empirique qui a aujourd'hui désormais un nom beaucoup plus scientifique : on parle de champs morphiques...
Cette théorie a quelques adeptes et un chef de file : Rupert Sheldrake, biologiste.
Sur son site vous pourrez participer à quelques expériences qui appuient sa théorie...


Ce qu'il y a à la fois de réconfortant et d'enthousiasmant dans cette théorie, même si elle est controversée, est qu'elle donne du sens à nos actions individuelles, qu'elle nous responsabilise aussi... mais plus encore elle nous fait réver et ouvre de nouveaux champs !
Pour approfondir lire ici.